« Assurément, je serai toujours timide. [15 ans] En bon ado sensible, je rase mes murs intérieurs. Solitude et bouquins. [20 ans] Poussé par le courage du lâche, je passe les portes de l’atelier créé par Maurice DESCOTES dans les murs de l’université de Pau. Chaque semaine, après les cours, nous sommes une dizaine d’étudiants à explorer exclusivement l’univers de Monsieur de Molière. Je casse ma coquille. J’assume mes sentiments qui débordent. Je découvre le rythme, la voix et le corps comme outils d’ouverture sur le monde. Coucou, je suis vivant [22 ans] Un ami comédien me présente à Francis GAUGUET, metteur en scène de « la troupe à suivre… », un grand timide lui aussi. Mais le mec le plus drôle et l’artiste le plus créatif que j’ai jamais rencontré. Durant sept ans, on essaie tout. « Vol au-dessus d’un nid de coucou », « The Rocky horror Show », « Le théâtre du Grand Guignol », entre autres. Avec lui, j’apprends le culot et la mécanique du rire. Le public palois, fidèle, nous suit dans ce théâtre populaire et exigeant. [29 ans] Trois ans sans théâtre. Le bois. Le dessin. Les poèmes de William Blake. [32 ans] Puis deux années très riches pour remettre de l’huile et explorer un nouvel univers. La compagnie « Les fous d’Hamlet » de Chazli KAIK (auteur-metteur en scène et professeur assistant aux Cours Florent). Hello William Shakespeare ! Putain que c’est bon [2014] Mais le jeu ne me suffit plus. Je dois raconter des histoires biaisées par ma lorgnette. Vous savez, ces histoires de « pourquoi on est là ? » ou « comment on fait pour vivre ensemble ? ». Raconter des histoires, quoi. Donc une troupe. En hommage à Jacques Tati, une idole, le collectif s’appellera [La troupe de monsieur HULOT] Nous sommes d’abord deux [Sophie, âme sœur et compagne comédienne depuis dix ans] à nous retrouver dans l’envie de dire le monde. Deux, puis trois, puis six. Tous désireux de s’interroger collectivement sur les rapports humains. En cinq ans, émergent quatre spectacles : « Batailles » (Ribes), « Phèdre sur un radeau » (création collective), « Les fourberies de Scapin » (Molière) et « Le Père noël est une ordure » (la troupe du Splendide). On se produit dans le grand Sud-ouest. Festivals et locations de salle. On est amateur et ça nous va bien. Sans la pression de gagner notre pain par notre passion commune, on se sent libre d’explorer les univers qui nous poétisent et nous amusent. [2019] « Les 39 marches », création loufoque inspirée du célèbre film d’Alfred Hitchcock. Deux ans de travail pour une seule représentation. Constat amer. Nous touchons aux limites du théâtre amateur en termes d’organisation. Le doute écrase nos certitudes. Comme beaucoup, la pandémie finit de nous coucher [2022] Trois ans sans les planches sur nos tréteaux. Moi, je dessine et j’écris. J’écris surtout. L’histoire d’un homme perdu. Evidemment, j’invite le théâtre sous mon crâne pour le sauver. Hamlet dans ma tête. [2024] La troupe se reforme autour de ce texte très intime. Des anciens. De nouveaux visages. Ensemble, nous créons un autre modèle d’organisation. Un collectif d’artistes passionnés. Professionnel ou amateur ? Peu importe, tant que nous sommes unis dans une folle envie courir vers le vivant."
Bertrand Despaux
"HULOT" ?
